Dans les coulisses de notre Lab UX : l'adoption de l'IA au quotidien par nos utilisateurs
Nous avons analysé 15 projets de recherche menés à l’Agence entre 2023 et 2026. Le constat : l'IA est devenue un véritable co-pilote du quotidien, tous âges et professions confondus.
Publié le 07 mai 2026
En tant que chercheuses UX, notre rôle n'est pas de juger, mais d'observer la réalité du terrain. Par le biais d’Iris UX Lab, nous sommes aux premières loges pour observer les nouveaux usages de nos utilisateurs.
Ces derniers mois, nous nous sommes rendu compte que l'IA générative semblait s’immiscer de plus en plus dans le quotidien des personnes que nous interrogeons. Pour vérifier cette intuition, nous avons analysé les données de 15 projets de recherche menés entre 2023 et 2026.
À noter : cette analyse se concentre uniquement sur les utilisateurs que nous avons rencontrés lors de nos entretiens ou tests utilisateurs. De plus, ces données sont probablement sous-évaluées, car ce n'était pas le sujet central de nos guides d’entretien ou de test. Les mentions de l'IA générative que nous avons récoltées sont donc uniquement spontanées.
Une adoption en hausse et une démocratisation des profils
ChatGPT est arrivé en France en novembre 2022 (suivi par les autres IA génératives les années suivantes). L'évolution des mentions de l'IA générative lors de nos échanges ou tests depuis cette date témoigne de son intégration progressive dans le quotidien des personnes :
- Aucune mention en 2023 : sur un panel de 21 personnes interrogées lors d’une étude auprès d’étudiants, d’enseignants et d’autres professionnels universitaires, l'IA n'a pas été mentionnée une seule fois.
- Des mentions rares et par des profils technophiles en 2024 : les premières mentions émergent timidement avec 2 mentions sur 43 profils interrogés dans divers secteurs (assurance, web, concessionnaire de camping-car), dont une mention par un profil technophile (enseignant en informatique).
- Des mentions de plus en plus fréquentes et par tout type de profils en 2025 et début 2026 : l'IA générative franchit un cap avec 13 mentions sur 105 profils interrogés. Elle n'est plus l’exclusivité des technophiles et est désormais citée par des personnes de tous âges (de 20 à 56 ans) et de toutes professions (comédien, animateur pour enfants, agent d'entretien, autoentrepreneur…).
L’IA générative comme nouveau moteur de recherche
Nous avons observé que l'une des raisons d’utilisation d'outils comme ChatGPT ou Gemini est la frustration croissante face aux moteurs de recherche traditionnels.
Un de nos profils explique d'ailleurs qu'il se détourne de Google car les résultats sont devenus "pollués" par des contenus d'entreprises, rendant difficile l'accès à des informations neutres, utiles ou honnêtes.
Dans ce contexte, l'IA générative devient le nouvel outil privilégié pour :
- Dégrossir des sujets complexes : certains utilisateurs préfèrent poser leurs questions à l'IA générative pour préparer le terrain avant de prendre rendez-vous avec un conseiller, par exemple dans le domaine de l'assurance.
- Vulgariser le vocabulaire d'expert : l'IA générative est sollicitée pour traduire et comprendre du jargon qui laisse l'utilisateur démuni.
- Comparer et acheter de manière ciblée : l'IA générative est perçue comme un assistant de shopping. Une utilisatrice lui demande par exemple de lister les critères principaux pour choisir un produit, puis de générer un tableau comparatif des prix et des meilleurs avis trouvés sur le web.
« Carénage périphérique ? Je ne sais pas ce que c'est, je serai allé chercher l'info ailleurs, comme sur ChatGPT. »
Une récente revue de littérature réalisée dans le cadre de nos recherches internes, comparant la recherche traditionnelle à la recherche par IA générative, nous avait déjà mis sur la voie.
Selon le baromètre Heroiks Pulse pour Peak Ace, 26 % des Français déclaraient vouloir privilégier l’IA générative pour leurs recherches en 2025. Les requêtes adressées à ces outils répondent principalement à un besoin de rapidité, de créativité ou à la nécessité d’aborder des thématiques complexes.
Comme le souligne Gloria Braunsberger, l’IA générative est d’ailleurs particulièrement plébiscitée pour synthétiser des questions complexes ou fournir des recommandations personnalisées.
L’IA générative comme levier d'accessibilité pour les profils neuroatypiques
C'est sans doute l'enseignement le plus fort de nos observations : l'IA générative est utilisée comme un outil pour contourner ou pallier aux difficultés rencontrées par les personnes ayant des troubles cognitifs (TSA, dyslexie, dysorthographie, dysphasie).
Sur 7 personnes interrogées ayant des troubles cognitifs, 5 nous ont indiqué qu’elles utilisaient l’IA générative. Pour ces utilisateurs, l’IA générative réduit la charge mentale :
- Aide à la lecture : au lieu de lire 15 pages de texte, une personne dyslexique utilise Gemini pour résumer le contenu, ce qui lui permet de "gagner du temps et d'économiser ses forces". Une autre demande à l'IA de lui extraire les "3 idées principales" d'un site.
- Structuration de la pensée : un utilisateur concerné par un TSA et une dysphasie explique que l'IA l'aide énormément à organiser ses idées et à formuler des phrases simples et professionnelles.
- Compréhension : ce même utilisateur explique que l'IA l'aide à mieux comprendre en lui expliquant les choses différemment.
- Tolérance et correction des erreurs : l'IA générative est capable de comprendre des requêtes mal orthographiées, mais peut aussi aider à corriger les erreurs. Une utilisatrice dont les troubles cognitifs inversent les lettres lors de la frappe souligne que l'IA générative "remet tout en place" et s'adapte "hyper bien" à ses erreurs. Une autre utilisatrice dyslexique nous indique utiliser l’IA générative pour corriger ses mails ou autres éléments importants.
« Ce qui m'a changé la vie (...) c'est ChatGPT. Ça m'a donné une autonomie. »
Cet enseignement vient compléter les enseignements que nous avions partagés dans notre article sur les troubles cognitifs et les obstacles sur le web.
L’IA générative comme conseiller bienveillant (et sans jugement) du quotidien
Au-delà du web, l'IA accompagne désormais des tâches du quotidien, administratives ou domestiques. Dans la vie de tous les jours, un utilisateur s'en sert pour gérer son frigo et obtenir des recettes adaptées en fonction des ingrédients de son placard. Sur le plan administratif, une personne l'utilise pour rédiger et reformuler des paragraphes dans des documents administratifs.
Enfin, l'IA répond à un besoin psychologique essentiel : le non-jugement. Une utilisatrice qualifie ChatGPT d'"hyper-bienveillant" et très agréable. Un autre utilisateur résume parfaitement ce sentiment lorsqu'il explique préférer demander des conseils santé à l'IA plutôt que de déranger quelqu’un.
« Avec l'IA on ne se sent jamais bête, elle ne nous juge pas. »
Pour conclure, le paradoxe de l’IA : insuffisante pour nos métiers, mais de plus en plus incontournable pour nos utilisateurs
Au sein de notre Lab UX, nous avons récemment testé l’intégration de l'IA générative dans nos processus de recherche. Le constat est clair : aujourd'hui, la technologie n'est pas encore assez poussée pour répondre à la complexité et à la rigueur scientifique de nos besoins métiers. Face à nos propres limites d'usage, il aurait été facile de reléguer l’IA générative au rang de simple "hype" technologique.
Cependant, nos données terrain sont formelles : d’après l’observation à notre échelle et auprès de notre panel, l'IA générative passe d'un simple gadget à un rôle de véritable "co-pilote" de vie.
Si l’IA générative ne remplace pas encore le chercheur UX, le terrain nous montre que nos testeurs, eux, l'ont déjà adoptée dans leur quotidien.
Face à ces nouveaux usages, le défi de la conception UX de demain sera de prendre en compte ces parcours où l'IA s'impose de plus en plus comme un intermédiaire (voire le seul dans certains cas).
Puisqu'il devient impossible de concevoir sans intégrer cette réalité, notre enjeu n'est plus seulement de savoir comment nous devons utiliser l'IA en interne, mais de comprendre comment nos interfaces vont devoir cohabiter avec ces nouveaux co-pilotes du quotidien.
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Nous sommes aux premières loges pour décrypter les nouveaux usages grâce à notre Lab UX. Cette capacité d'exploration est aussi une prestation que nous mettons au service de vos projets.
Ensemble, nous validons la faisabilité technique, l'acceptabilité usagers et la conformité réglementaire de votre projet d'innovation avant d'engager vos ressources.



