Capsule Design #17

Immersion à A11y Ouest

Alexandre nous fait vivre en immersion la journée A11y Ouest, dédiée à l’accessibilité numérique, qui s'est tenue le 31 mars 2026 à Rennes.

Publié le 16 avril 2026

Voix off Alexandre : Bonjour à toutes et tous, et bienvenue dans ce nouvel épisode de Capsule Design, du podcast Salut les Designers par l’agence LunaWeb.

Je suis Alexandre, développeur front-end, et aujourd’hui, je vous emmène découvrir A11y Ouest, un événement important pour tous les professionnels sensibles aux thématiques d’accessibilité. Organisé par l’association A11y France et hébergé par l’INRIA sur le campus de Beaulieu le 31 mars dernier, l’événement proposait au public conférences, témoignages, ateliers et expériences immersives. Une occasion pour une partie de l’équipe de LunaWeb, présente sur place, de continuer à se sensibiliser et à prendre pleinement conscience des problématiques d’accessibilité au quotidien.

Allez direction le campus de l’université de Rennes pour une journée dédiée à l’accessibilité !

[Ambiance]

Voix off Alexandre : Comment développe-t-on des solutions accessibles ? À quoi ressemble la navigation avec un lecteur d’écran ? Quel impact le RGAA a-t-il eu depuis sa mise en place ? Tant de questions qui ont rythmé le riche programme de A11y Ouest, mais pour commencer, je vous proposer d’écouter Isabelle Lacoffrette, Référente accessibilité numérique à l’INRIA qui a pu me raconter la génèse de l’évènement.

Isabelle Lacoffrette : Je suis une des représentantes de l'INRIA, donc je suis référente accessibilité numérique à l'INRIA. On est une équipe de dix personnes, pas à temps plein.

Il y a la DSI, il y a des UX, UI et aussi des utilisateurs. Depuis 2022, on œuvre à la mise en accessibilité numérique, que ce soit à travers les marchés, les audits, les contenus, les webinaires et les formations. Concernant cet événement, d'abord il y a A11y Paris qui est une association qui s'occupe de l'événement tous les ans. Frédéric Alna m'a contactée via François Le Berre, un utilisateur en situation de handicap qui fait des parcours avec nous, pour savoir si on ne voudrait pas délocaliser cet événement à l'extérieur de Paris et notamment à l'ouest, puisque Frédéric Alna est originaire de Bretagne.

Alexandre : Ce genre d'événement, j'imagine que c'est aussi un événement qui permet d'échanger entre professionnels, entre personnes concernées, entre acteurs divers de l'accessibilité ?

Isabelle Lacoffrette : Oui, et puis ça permet de ne pas se sentir seul, parce que l'accessibilité numérique, ce n'est pas facile à porter quand on est seul. Quand on est à plusieurs, on se sent plus fort et on avance aussi plus loin.

[Ambiance : extrait de la conférence de François Le Berre]

Voix off Alexandre : François est malvoyant et utilise un lecteur d'écran pour naviguer sur le web. Son intervention avait pour objectif de nous faire prendre conscience de son expérience, à travers des exemples concrets. Sur scène, un écran projetait sa navigation sur un site fictif nommé « Qui vend tout » et il nous a montré deux versions de ce site-là, une première peu accessible et une seconde travaillée pour prendre en compte l'accessibilité. Une démonstration très parlante. J'ai voulu en savoir plus, alors je suis allé le voir à la fin de son intervention pour échanger avec lui sur ce qu'on venait de voir et lui poser quelques questions.

François Le Berre : Alors aujourd'hui je suis intervenu pour présenter l'accessibilité numérique pour les personnes handicapées visuelles. Moi j'ai un soixantième à chaque œil, je me déplace avec une canne blanche et j'utilise un PC à peu près comme n'importe qui, avec un logiciel de synthèse vocale. Pendant mon intervention, j'avais le même site web imaginaire d'un site commercial et j'avais deux versions. J'avais une version qui respectait les normes d'accessibilité où j'ai pu montrer que je commandais mes produits comme n'importe qui, et la même version du site web qui ne respectait pas les règles d'accessibilité et qui me montrait qu'au bout d'un quart d'heure, j'étais toujours pas foutu de passer commande des produits que je rêvais d'acheter.

Alexandre : J'ai un peu envie de vous demander un état des lieux en guise d'expérience. Est-ce que le site que vous nous avez montré est assez représentatif de la majorité de votre expérience sur le web ? Ou bien là on était vraiment sur quelque chose de spécifiquement difficile ?

François Le Berre : Effectivement, les deux sites étaient des cas extrêmes. D'un côté très difficile, l'autre côté parfaitement accessible. Pour plagier une vieille série télévisée, “la vérité est ailleurs”. On est vraiment entre les deux. Souvent, les administrations, c'est quand même plutôt accessible. Ça, il faut quand même le reconnaître. Il y a un gros effort de fait. Aujourd'hui, ce sont surtout les sites privés qui me posent problème. En fait, soit je connais déjà le site et j'y vais à peu près les yeux fermés, soit je ne le connais pas et là j'ai en gros une chance sur deux de tomber sur un truc à peu près accessible avec lequel je peux à peu près me débrouiller. C'est l'ordre de grandeur.

Alexandre : Il y a quand même un effort d'adaptabilité qui vous est demandé pour pallier les déficiences d'accessibilité qu'on rencontre la majeure partie du temps ?

François Le Berre : Quand on arrive sur un site web qu'on ne connaît pas, on essaye de naviguer par région, par titre pour essayer de se faire une image mentale de la structure du site web. Est-ce que la hiérarchie des titres est logique ? Est-ce qu'il y a plusieurs régions ? Est-ce qu'il y a une région de navigation ? Est-ce qu'il y a une région principale ? Est-ce qu'il y a un pied de page ? Est-ce qu'il y a des bannières ? Est-ce qu'il y a des champs de recherche qui sont verbalisés comme il faut, vocalisés comme il faut avec la synthèse vocale ? Donc déjà, on essaie de se faire à peu près une image mentale du site web.
Ça, c'est la première étape. Et des fois, là, rien que là, on est embêté, donc après, on n'a pas envie d'aller plus loin.

Voix off Alexandre : Notre conversation s'est terminée en parlant RGAA. Ça fait maintenant un petit moment que le référentiel général de l'amélioration de l'accessibilité existe. Il est maintenant utilisé comme un repère pour de nombreux professionnels du web. Et pour certaines structures, il doit même être obligatoirement respecté. Je demande donc à François si ces dernières années, il a remarqué un changement que j'espère positif dans son expérience globale du web.

François Le Berre : Alors malheureusement, c'est triste à dire, mais pas vraiment. En tout cas, dans le domaine privé. Dans le domaine public, oui il y a une vraie dynamique depuis dix ans, ça c'est sûr. J'ai un exemple en tête, le plus beau site que je connaisse en termes d'accessibilité, c'était une bibliothèque numérique francophone qui était particulièrement bien faite en termes d'accessibilité et d'expérience utilisateur. C'est un peu ma référence.
Je ne suis pas sûr que depuis dix ans, dans le domaine commercial, quand je vais commander du matériel dans des grandes marques de bricolage ou de sport par exemple, je ne suis pas sûr d'être totalement autonome sur ces sites web là.

Voix off Alexandre : Ces conclusions peu réjouissantes montrent quand même l'importance d'événements comme A11YyOuest pour prendre conscience des enjeux et améliorer l'expérience web de tous et tous. Et justement, pour prendre conscience d'une expérience web difficile et peu adaptée, avec Arnaud, Yohan et Justine, on s'est inscrit à l'Escape Game Totally Lost proposé par Orange. L'objectif : expérimenter de manière ludique les défis des personnes en situation de handicap sur le numérique.

[Ambiance : extrait de l’escape game]

Justine : C'est vrai que nous, on est déjà pas mal sensibilisés à l'Agence. Mais là ça permet d'être en usage réel. Par exemple, je pense au clavier avec les lettres inversées qui vont venir simuler la maladie Parkinson où une personne a du mal à toucher la bonne touche. T'as aussi les petites images qui apparaissent quand t'es en train de lire un texte, quand t'es dyslexique et TDA, ça vient en fait simuler les handicaps, et du coup, c'est intéressant de voir quel impact ça a sur tes navigations.

Yohan : Moi c’était plutôt le son je dirais. On entendait une vidéo et il fallait qu'on comprenne une énigme et on avait des bruits dans le casque qui étaient assez désagréables et, du coup, j'avoue que ça m'a pas mal perturbé.

Arnaud : La dernière épreuve, c'était un peu le bouquet final où, vraiment, t'as les pires difficultés à remplir quelque chose. Je ne précise pas, j'essaie de pas trop spoiler. À la fin, t'es confronté à un mur où tu te rends compte que ça, ça va pas, il manque cette info-là, donc tu peux pas avancer et t'es bloqué. À la fin, on est vraiment au pied du mur et c'est hyper intéressant de voir ça parce que tu vois qu'il y a des leviers très concrets en conception à activer pour améliorer tout ça. C'était pas un concours, hein, mais c'est vrai que j'ai fini premier (rires).

Justine : On est premier du classement. Mais on a fait quand même 60 minutes parce qu'on est obligés de prendre des indices à la fin.

Voix off Alexandre : Pendant que nous étions à l'Escape Game, d'autres membres de LunaWeb, comme Hugo, développeur back-end, ont assisté à d'autres conférences, alors je lui ai demandé de m'en parler.

Hugo : On a eu deux intervenants sur le droit qui faisaient partie de l'association Intérêt à Agir pour faire valoir les droits des personnes handicapées sur l'accessibilité, notamment depuis les dernières normes. Il y a un gros retard entre la loi et l'application de la loi. C’est surtout ça que j'ai retenu. C'est compliqué d'attaquer les organismes publics. Donc là, dernièrement, ils se sont plutôt tournés vers les plateformes e-commerce pour démarrer le mouvement et potentiellement faire bouger, d'un point de vue national, sur les autres entreprises. Il y avait quatre entreprises.

Les procédures sont très longues, parce que, notamment pour le public, il faut d'abord saisir l'ARCOM, ensuite l'ARCOM étudie. Si ça n'aboutit pas, il faut ensuite pouvoir saisir la justice directement. C'est très long, et c'est pour ça qu'ils ont attaqué directement en justice des entreprises privées pour accélérer un peu les choses et faciliter le déroulé.

Alexandre : Tu étais aussi à la conf de My Human Kit. C'était bien ?

Hugo : My Human Kit, c'est une association qui a un peu le statut de Fab Lab, et qui a pour but de développer des outils d'accessibilité pour les personnes handicapées. C'est principalement des objets physiques, que ce soit pour commander leur fauteuil, pour leur permettre d'interagir avec leur téléphone.

À chaque fois, ça s'adresse aux besoins d'une personne en particulier. C'est parce que, soit ils ont des handicaps qui sont trop spécifiques pour avoir une solution dans le marché, soit la solution dans le marché est beaucoup trop chère. Par exemple, Braille Rap, qui est une imprimante braille, qui coûte entre 200 et 300 euros à faire, alors que dans le commerce, ça vaut autour de 2 000, 3 000 euros.

Alexandre : Et donc la conf, elle portait sur la présentation de My Human Kit ?

Hugo : C'est ça, sur présenter quelques projets, la façon dont ils fonctionnent, comment ils fonctionnent également avec certains IME, Instituts Médicaux Éducatifs, et d'autres organismes. Et ça m'a assez motivé pour peut-être les rejoindre, et mettre mes compétences à leur service. Parce que je trouve que l'idée derrière est hyper intéressante de trouver une solution, pouvoir agencer autour et s'adapter aux besoins des personnes, pour leur donner plus d'autonomie au final.

[Ambiance]

Voix off Alexandre : L’après-midi, entre deux conférences, j’en profite pour aller découvrir un écran interactif installé dans les couloirs de l’INRIA. L’objectif, encore et toujours : participer à la prise de conscience des concepteurs.

Voix d’homme : Là on a un site d'accessibilité numérique, c'est pour vulgariser l'accessibilité, pour permettre de mieux comprendre les différentes pathologies.

On peut voir différents onglets, à votre gauche. Sur le site, vous avez accès au daltonisme, vous avez accès ici à la malvoyance, vous avez accès à la cécité, vous avez accès à la malentendance, vous avez accès à l'handicap moteur, et à la dyslexie après. Si j'appuie sur ce bouton ici, on va basculer comme si la personne était daltonienne. Là, ça vous montre qu'il y a différents marrons, et en fait, on voit à côté qu'il y a des problèmes d'accès à l'information, parce que là, on ne voit pas la différence entre les trois marrons qu'il y a et les deux bleus.

Pour la malvoyance, on se trouve dans la situation d'une personne qui a grossi très fortement son écran pour pouvoir lire le texte. On lui a amené certaines informations, sauf qu'on voit que le cadre d'informations qu'on essaie de lui faire parvenir, est mal fait. Là, ici, on a un problème net de couleur, de contraste, et d'un point de vue technique, on n'utilise pas la bonne police, on n'a pas le bon écartement de texte, ce qui fait que le texte n'est pas perceptible pour les personnes qui ont un fort problème visuel et qui ont besoin de grossir.

Alexandre : Ce site-là, comment il a été conçu pour qu'on se rende compte ? Est-ce qu'il a été co-conçu avec des personnes qui ont ces troubles-là, pour vraiment bien se rendre compte des problèmes ?

Voix d’homme : Oui, ce site a été fait par l'équipe d'accessibilité numérique de l'INRIA, qui est composée de personnes volontaires et notamment de personnes qui sont en situation de handicap. Ce site a été conçu par des personnes qui ont balayé les différents problèmes, et on choisit justement de parler et de pouvoir vulgariser, parce que ça nous permet vraiment de toucher tout le monde.

Si on se sent concerné par le problème, ça nous permet d'essayer et de trouver des solutions. On a besoin, parfois, simplement pour décider des directeurs, des responsables, sur les choix de leurs outils, on a besoin de passer par l'exemple. Ce site-là, il est fait pour ça. Il est fait pour passer par l'exemple et passer par la démonstration que c'est important.

Alexandre : Et pour tester le site, on vous invite à vous rendre sur simulation-accessibilite.inria.fr

[Ambiance]

Voix off Alexandre : Voilà pour ce petit tour d’horizon d’A11y Ouest. On espère que cet épisode, un peu différent de d’habitude, vous aura plu et qu’il vous aura donné un aperçu de la richesse de cet événement ! Et peut-être, pourquoi pas, l’envie de vous rendre au prochain ?

Un grand merci à celles et ceux qui ont accepté de répondre à nos questions. Comme d’habitude n'hésitez pas à vous abonner à la newsletter du podcast pour retrouver l'ensemble des ressources de nos épisodes, les tips et les conseils de nos invités. C'est sur le site de Salut Les Designers que ça se passe.

À bientôt pour un nouvel épisode !