Accessibilité web : pourquoi la conformité au RGAA ne suffit pas

La conformité au RGAA ne garantit pas une expérience web réellement accessible sur le terrain. Voici nos enseignements et notre manifeste pour intégrer les personnes en situation de handicap dès la conception.

Publié le 24 août 2026 par Justine Nicol

Le RGAA : un socle réglementaire indispensable

Comme le dit très bien Ipedis, le RGAA (référentiel général pour l’amélioration de l’accessibilité) a pour objectif de permettre à chaque utilisateur de percevoir, comprendre, naviguer et interagir facilement, pour faire avancer tout le monde dans la même direction sans discrimination.

C’est donc une très bonne chose que ce référentiel existe, d’autant plus que les services publics et les entreprises privées peuvent-être sanctionnées en cas de non-respect de ce référentiel (pour plus de détails, voir ce tableau réalisé par temesis).

Pour autant, respecter la norme garantit-il une navigation fluide et autonome ? Spoiler : non, et les données du terrain le prouvent.

Le RGAA : la première pierre, pas l'édifice complet

Les référentiels techniques comme le RGAA ou les WCAG (Web Content Accessibility Guidelines) posent des bases indispensables d'une bonne pratique.

Pourtant, une étude de l’Université de York Guidelines are Only Half of the Story (2012) a démontré que les critères WCAG 2.0 ne couvraient que 50,4 % des problèmes réellement rencontrés par les utilisateurs déficients visuels.

Près de la moitié des obstacles d'usage échappent aux grilles d'évaluation automatisées ou techniques.

Chez LunaWeb, nous accompagnons des structures publiques et privées dans des projets dans lesquels l’accessibilité est un fort enjeu.

Ces projets, nous les menons de A à Z : de la recherche utilisateurs en passant par la conception, le développement et les audits RGAA, pour finir par les tests dit “d’accessibilité”, en pré-production. Lors ces tests réalisés en conditions réelles avec des usagers, nous constatons que les blocages majeurs relevés ne sont pas liés à des critères RGAA manquants, mais plutôt à des défauts de conception UX.

Ce que nous ont appris nos derniers tests usagers

Lors d'entretiens individuels menés auprès de 12 personnes non-voyantes et malvoyantes, nous avons identifié des freins très concrets :

  • Des intitulés de navigation vagues : 9 problématiques concernaient des libellés de menus trop imprécis, les usagers devant balayer l'intégralité de la page au lecteur d'écran. Par exemple, pour trouver la liste des services gratuits d'un lieu culturel rennais, les participants ont mis en moyenne 3 minutes et 24 secondes.
  • Des formulaires et moteurs de recherche lourds : 7 difficultés étaient liées au moteur de recherche d'événements, dont l'interface imposait au lecteur d'écran de lire tous les filtres techniques et leurs options avant d'atteindre le bouton « Rechercher ».
  • La hiérarchisation de l'information : 5 problématiques découlaient de résultats privilégiant les actualités chaudes (webinaires, événements) au détriment des informations pratiques pérennes, pourtant recherchées en priorité.

Sans ces tests d’accessibilité, nous aurions livré des sites ou des composants du parcours usager inaccessibles pour les personnes en situation de handicap visuel.

Il en va de même pour la clarté rédactionnelle, indispensable pour les personnes présentant des troubles cognitifs sur des sujets complexes (comme l'assurance ou les démarches administratives).

Verbatim étude MAIF
Verbatim étude MAIF Verbatim issu d'une étude pour un assureur national

L’effet bordure de trottoir : quand l’accessibilité profite à tous

En urbanisme, l'« effet bordure de trottoir » (curb cut effect) montre qu'un aménagement conçu à l'origine pour un besoin spécifique profite à l'ensemble de la société. Abaisser un trottoir aide les personnes en fauteuil roulant, mais simplifie aussi la vie des livreurs, des personnes avec une poussette, une valise etc.

L'effet bordure de trottoir
L'effet bordure de trottoir L'« effet bordure de trottoir », image : Jono Hey, sketchplanations.com

Sur le web, le mécanisme est exactement le même :

  • Les sous-titres : conçus pour les personnes sourdes ou malentendantes, ils sont aussi utiles aux personnes qui regardent des vidéos sans le son dans les transports.
  • La dictée vocale : pensée pour pallier les difficultés d'utilisation du clavier, elle fait gagner un temps précieux à quiconque a les mains prises.
  • Le mode lecteur : imaginé pour faciliter la lecture des contenus complexes pour les personnes ayant des troubles cognitifs ou de l'attention, il offre un confort de lecture sans distraction à tout le monde.

Réduire l'accessibilité à une simple check-list juridique, c'est passer à côté de son véritable levier : élever la qualité globale de l'expérience utilisateur (UX).

Notre manifeste : 4 piliers pour une accessibilité d'usage

Pour que le numérique ne laisse personne de côté, nous devons changer de posture. La conformité RGAA permet le décollage, l'expérience humaine assure le voyage.

Voici les 4 principes que nous défendons et appliquons chez LunaWeb :

  1. Intégrer l'accessibilité dès le cadrage : l'accessibilité ne se traite pas lors de la recette finale. Elle se joue dès la recherche usager, l'architecture d'information et les choix UX/UI. Corriger un choix de design sur une maquette prend 10 minutes, le modifier dans le code après développement prend des jours.
  2. Co-concevoir avec les premiers concernés : on ne conçoit pas pour les personnes en situation de handicap sans concevoir avec elles. Nous intégrons systématiquement des profils diversifiés (déficiences visuelles, motrices, cognitives, neuroatypies) dans nos panels de tests à des moments clés du projet.
  3. Viser l'efficacité d'usage avant la coche technique : un site peut valider 100 % du RGAA et rester peu efficient au lecteur d'écran. Notre priorité est la réussite et la rapidité de la tâche de l'utilisateur, garante d'une vraie qualité d'expérience.
  4. Former et responsabiliser toute l'équipe : l'accessibilité n'est pas la seule affaire des développeurs. Designers, chefs de projet, mais aussi rédacteurs et contributeurs chez nos clients doivent être acculturés pour maintenir un niveau d'accessibilité élevé dans le temps.

« Dans la vie, il y a la théorie et la pratique », disait Henri Bergson. C'est exactement le cas en accessibilité.

Appuyer ses projets sur des référentiels réglementaires est un préalable obligatoire. Mais pour proposer un service numérique réellement inclusif, il faut passer à la pratique : impliquer les utilisateurs sur le terrain, écouter leurs usages et tester avec eux.

Vous souhaitez évaluer l'accessibilité réelle de vos parcours web ?

Chez LunaWeb, nous adaptons nos audits et nos sessions de tests usagers à vos contraintes de calendrier et de budget. Contactez-nous pour échanger sur vos projets !

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