L’accessibilité web et le handicap cognitif : les obstacles sur le web
Depuis quelque temps, nous menons à LunaWeb un projet de recherche sur les troubles cognitifs. Nous avions envie de vous partager les premiers résultats de notre étude.
Publié le 05 septembre 2025
Le contexte du projet : les troubles cognitifs et l’accessibilité web
L’objectif de ce projet est de mieux appréhender les troubles cognitifs, ainsi que les problématiques rencontrées sur le web par les usagers concernés. Mais aussi, de faire un tour d’horizon des bonnes pratiques sur le sujet et de nous constituer nos propres recommandations. Cela nous servira dans notre quotidien de concepteurs et développeurs de sites web afin de les rendre toujours plus accessibles.
La première étape du projet consistait en une revue de littérature, qui avait pour objectif de rentrer en immersion dans le sujet. Dans cet article, nous vous en partageons les grands enseignements.
Si vous nous suivez depuis un moment, vous savez que nous n’en sommes pas à notre coup d’essai, car nous avions déjà mené un projet de recherche sur le handicap visuel, il y a quelques années.
Pour information, vous ne trouverez pas de données chiffrées dans cet article. Nous les avons consultées afin de nous donner des ordres de grandeur, mais nous avons décidé de ne pas vous les partager. Comme l’explique Tamara Sredojevic, UX designer spécialisée en accessibilité numérique, dans une conférence des Designers Éthiques « il faut faire attention aux chiffres« . Effectivement, le manque de reconnaissance (et donc de diagnostic) du handicap cognitif, ainsi que les disparités dans les méthodes de calculs, créent des grandes différences entre les chiffres proposés d’un site officiel à un autre.
Les troubles cognitifs : de quoi parle-t-on ?
Revenons-en aux bases avec une définition des troubles cognitifs proposée par la Haute Autorité de Santé.
“Un trouble ou déclin cognitif correspond à une altération d’une ou plusieurs fonctions cognitives, quel que soit le mécanisme en cause, son origine, sa réversibilité”.
Il existe plusieurs fonctions cognitives (entre autres : l’attention, la perception, la mémoire, la motricité, le langage…) et c’est leur altération qui mène au trouble cognitif (par exemple : trouble de l’attention, trouble du langage…)
Les troubles cognitifs sont divisés en 2 catégories.
En premier lieu, il y a les troubles acquis ou évolutifs, qui surviennent après une période de développement du cerveau dite “normale”, en réponse à un événement, à une maladie ou à un traumatisme qui laisse des traces dans le cerveau. Les origines peuvent être diverses :
- une maladie neurodégénérative comme Parkinson ou Alzheimer,
- un traumatisme crânien,
- un AVC,
- un trouble psychiatrique comme la dépression ou la schizophrénie,
- un traumatisme psychologique,
- une intoxication ou un abus de substance,
- un trouble métabolique comme le diabète ou une insuffisance rénale,
- une infection comme la méningite ou le VIH.
En second lieu, il y a les troubles neurodéveloppementaux qui, eux, ne surviennent pas en réponse à un événement, à une maladie ou à un traumatisme, mais peuvent être présents dès la naissance ou apparaître plus tard pendant le développement du cerveau. Parmi ces troubles, on distingue :
- les Troubles du Spectre Autistique (TSA),
- les Troubles du Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité (TDAH),
- les troubles DYS (dyslexie, dysorthographie, dyscalculie, dyspraxie, dysgraphie, dysphasie).
Enfin, pour clôturer notre tour d’horizon des troubles cognitifs, rappelons, comme le mentionne l’association Coridys (spécialisée dans les troubles cognitifs), qu’un trouble cognitif n’est pas nécessairement un handicap cognitif. Il le sera si les difficultés rencontrées engendrent des limitations et des impacts durables sur la vie quotidienne, sur l’autonomie ou sur les activités principales de la personne, sans que cela puisse être compensé efficacement.
Les troubles cognitifs : quels obstacles sur le web ?
Aujourd’hui, le handicap cognitif constitue une part importante des handicaps en France, néanmoins, c’est le handicap le moins connu, reconnu et donc pris en compte, notamment sur le web.
Dès lors, il devient intéressant de se questionner sur les obstacles rencontrés par les usagers concernés par des troubles cognitifs lors de leur navigation sur le web.
Nous allons vous en partager quelques-uns dans cet article. Nous avons choisi de nous concentrer sur les troubles cognitifs prédominants en France et ceux ayant le plus d’impacts sur le web. Les éléments partagés par la suite n’ont pas vocation à être exhaustifs (aussi bien dans leur définition, que dans la présentation des obstacles rencontrés sur le web), mais bien à vous donner un aperçu des résultats de nos recherches sur le sujet.
Les personnes présentant un trouble de la lecture (dyslexie, alexie) éprouvent des difficultés à mémoriser, à reconnaître, à comprendre et à lire les mots / le contenu écrit. Celles ayant un trouble de l’écriture (dysorthographie) vont avoir des difficultés avec l’expression écrite.
De fait, pour ces usagers sur le web, il peut notamment être complexe de naviguer sur des sites avec des textes mal adaptés, que ce soit dans leur contenu (langage complexe, peu explicite) ou dans leur mise en forme (polices à empattement, espacements serrés, petits corps de police, textes justifiés, blocs de textes denses et longs paragraphes, polices déformées dans les CAPTCHA…).
Un simulateur aide d’ailleurs à comprendre ce qui se passe pour ces profils sur le web.
Nous retrouvons d’ailleurs cette problématique de textes mal adaptés avec les profils ayant des troubles du langage (dysphasie, aphasie). Ces personnes vont avoir des difficultés à comprendre ou à produire le langage.
Ainsi, des textes complexes (phrases longues, structures grammaticales et mots compliqués ou abstraits, jargon…) ou ambiguës (double sens, métaphores…) vont poser un problème dans leur navigation sur le web.
Les profils ayant un trouble du calcul (dyscalculie, acalculie) ont quant à eux des difficultés, non pas uniquement avec les calculs, mais globalement avec les nombres, qu’ils ont du mal à comprendre et à utiliser.
Ainsi, pour ces usagers sur le web, toutes les étapes impliquant des nombres sur un site peuvent être compliquées : que ce soit lors d’un achat, de la liste de produits à la confirmation de commande, en passant par le panier d’achat (quantités, prix, pourcentages, réductions, temps limité, délais, factures, numéro client et identifiants, confirmation bancaire, CAPTCHA…), ou encore que ce soit lors d’une demande au travers d’un formulaire (numéros de téléphone, codes postaux, dates et heures notamment avec des formats comme JJ/MM/AAAA…).
Les profils ayant un trouble de la coordination (dyspraxie, dysgraphie, apraxie), rencontrent de leur côté des difficultés pour effectuer des mouvements avec leurs membres (sans que ce soit lié à une problématique au niveau du membre).
Toutes les actions nécessitant une précision avec la souris, l’écran tactile, ou même le trackpad de l’ordinateur (cliquer sur un composant trop petit ou trop proche d’un autre, avec des zones interactives mal délimitées) ou les actions rapides (glisser-déposer, double-clic, zoom) peuvent alors devenir compliquées pour ces profils lors de leur navigation sur le web.
Du côté un trouble de l’attention, nous pouvons notamment croiser des profils TDA/H pour Trouble Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité, un trouble qui se caractérise, entre autres, par une difficulté à rester concentré et à gérer les distractions, voire parfois par une agitation motrice importante.
Sur le web, tout ce qui pourrait distraire ces profils devient alors l’une des difficultés rencontrées (surcharge sensorielle, notamment visuelle : nombreuses couleurs, animations, carrousels, bannières, vidéos, publicités, pop-in, redirections automatiques…).
Enfin, nous pouvons également porter notre attention sur les profils ayant un TSA (Trouble du Spectre Autistique), pour lesquels il peut notamment y avoir une résistance au changement, des particularités sensorielles, un engagement dans des rituels et des répétitions.
L’un des obstacles sur le web pour ces profils est similaire au profil TDA/H : il s’agit de l’hypersensibilité aux contenus animés et changeants (bannières, publicités, pop-in, vidéos…).
Pour conclure : perspectives pour l’avenir du projet
Comme nous l’avons évoqué auparavant, le handicap cognitif est le plus méconnu, bien qu’il soit très présent en France. Une chose est sûre, c’est qu’il existe un grand nombre d’obstacles sur le web empêchant les usagers ayant des troubles cognitifs de naviguer facilement sur le web.
Les prochaines étapes de ce projet vont nous emmener sur le terrain, afin de nous confronter concrètement à la thématique. Nous vous en partagerons alors les enseignements.
D’ailleurs, pour ces prochaines étapes, nous recherchons des personnes concernées par des troubles cognitifs et ouvertes à un échange sur le sujet. Si c’est votre cas, vous pouvez compléter ce court formulaire ou nous contacter directement.
